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UBP dans la presse 11.07.2016

Le Brexit est-il une chance ou un défi pour la Suisse?

Le Brexit est-il une chance ou un défi pour la Suisse?

Il est très délicat d’évaluer avec certitude les «dommages collatéraux» liés au Brexit. Le résultat du vote du 23 juin marque non seulement le début d’une crise politique d’un nouveau genre, mais révèle surtout un changement d’époque et le commencement d’une nouvelle phase de l’histoire européenne.


Il traduit la fin d’un certain type de gouvernance en Europe et confirme la primauté des questions nationales au détriment de la logique historique d’intégration voulue par les fondateurs de la Communauté européenne. Cette décision du peuple britannique va aussi ajouter le Royaume-Uni à la liste des nations voisines qui doivent absolument mettre en place un modus operandi économique viable avec l’Europe. Est-ce une chance ou un risque pour la Suisse, qui appartient depuis toujours à ce groupe de nations ?

D’un point de vue économique, le Brexit implique l’émergence d’une concurrence exacerbée entre les différentes places financières européennes. Depuis le vote britannique, Francfort, Paris et Dublin font valoir les avantages qu’ils peuvent offrir aux institutions qui devront quitter Londres pour pouvoir accéder sans contraintes aux marchés européens. La Suisse n’est pas un candidat naturel à la reprise de ces activités, n’ayant pas elle-même un accès garanti aux marchés concernés.

En revanche, la Suisse pourrait se retrouver bien positionnée en tant que «valeur refuge» dans un environnement de plus en plus imprévisible et chahuté. Sa stabilité politique et son système financier solide lui ont permis de traverser les crises récentes, notamment depuis 2008. Cette faculté de résilience, à laquelle s’ajoute un cadre réglementaire établi et crédible, peut permettre à la Suisse d’aborder cette nouvelle phase d’incertitude avec plus de sérénité que la plupart des pays voisins. S’agissant des clients privés, dans un contexte encore une fois très incertain, la Suisse devrait donc être en mesure de tirer son épingle du jeu et d’attirer à nouveau des capitaux européens en quête d’un environnement stable et d’institutions bancaires solides.

Durant la campagne du Brexit, le débat s’est focalisé sur la gestion des flux migratoires, et cette question a fait l’objet d’une médiatisation excessive. Mais le vote met aussi en exergue la volonté d’un grand pays de s’affranchir d’un certain nombre de règles et d’obligations: refus de la bureaucratie, de réglementations européennes trop complexes, ou encore de l’abandon de souveraineté. En ce sens, le peuple exprime une crainte bien connue en Suisse – celle sur ses relations avec l’Union européenne (UE). Les dirigeants britanniques chercheront donc à imposer à l’UE un modèle d’association sans pour autant renoncer à leur indépendance économique et politique. Les deux pays pourraient ainsi proposer et élaborer avec l’UE le modèle de coopération future que la Suisse, seule, a tant de mal à négocier.

Reste également à savoir si ce que le Royaume-Uni obtiendra de l’Europe en termes d’accès au marché et de réciprocité pourra s’imposer comme un standard en ce qui concerne les relations avec un pays proche de l’UE. Si le Royaume-Uni négocie un accord qui définit enfin les modalités d’accès au marché européen pour les institutions financières extérieures à l’Union, la Suisse pourrait en tirer parti et mettre en œuvre ce modèle tant attendu. Dans ce débat, Londres et Berne devraient être des alliés objectifs.

La Suisse peut donc bénéficier du Brexit pour mettre en place un modèle viable qui renforce son attractivité à long terme et garantisse les perspectives de développement de ses institutions bancaires sur le continent européen. Cependant, la question que l’on peut légitimement se poser à moyen terme est de savoir si ce n’est finalement pas une concurrence nouvelle qui va apparaître entre le Royaume-Uni et la Suisse puisque les deux pays pourraient avoir le même statut. Les premières mesures évoquées par le Chancelier de l’Echiquier le 1er juillet, avant même d’avoir initié le processus de sortie, démontrent que le Royaume-Uni entend bien se positionner comme un concurrent de la Suisse, notamment en matière de fiscalité des entreprises. Par ailleurs, Londres constituant d’ores et déjà l’un des principaux centres mondiaux de gestion privée et institutionnelle, il faut s’attendre à une compétition accrue pour capter les flux d’épargne internationale. Si la Suisse doit s’allier au Royaume-Uni pour définir un nouveau modèle d’association économique avec l’UE, elle doit donc également se préparer à une concurrence exacerbée sur les marchés de gestion d’épargne, qui constituent le cœur de son offre et de son industrie bancaire. Ici, la place financière suisse bénéficie d'un avantage certain car elle dispose d'une avance dans les métiers de private banking sur Londres, qui a, elle, construit son leadership dans la banque d'investissement.

Même si le risque existe que les discussions entre le Royaume-Uni et l’UE deviennent la priorité de Bruxelles au détriment des discussions avec la Suisse, le Brexit pourrait donc, in fine, favoriser cette dernière. En effet, les intérêts de la Confédération seront dès lors en parfaite adéquation avec ceux du Royaume-Uni, et le pouvoir de négociation conjoint des deux pays devrait s’en trouver renforcé. Mais le Royaume-Uni, une fois en dehors de l’UE, deviendra aussi une alternative et un concurrent naturel de la Suisse, ce qui forcera nos institutions et nos services bancaires à accroître leur compétitivité.

A court terme, la recherche de sécurité et de rendement va peser sur les volumes. L’aversion au risque est appelée à augmenter, ce qui devrait impacter la capacité bénéficiaire des établissements bancaires en Europe, et notamment en Suisse. Toutefois, à plus long terme, nous pourrions profiter du Brexit pour achever une transition essentielle dans nos relations avec l’UE et construire les bases du développement futur de l’industrie bancaire suisse au sein de l’Europe. Il existe néanmoins un scénario moins favorable de durcissement et de crispation des relations du Royaume-Uni avec l’UE, qui pourrait indirectement entraîner la Suisse dans une spirale négative. Misons plutôt sur le scénario vertueux…

Lire l'article original - www.letemps.ch


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Michel Longhini
CEO Private Banking

 

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