La crise au Moyen-Orient de 2026 a réussi là où une décennie de mobilisation avait échoué : elle a réussi à sortir le débat sur le développement durable de l'ombre du seul enjeu climatique pour le placer au cœur des préoccupations en matière de résilience.
Lorsque les pétroliers ralentissent dans le détroit d’Ormuz, que les livraisons d’engrais sont retardées et qu’une flambée des cours du pétrole se répercute sur les prix de l’électricité en Europe en l’espace de quelques heures, les arguments en faveur de l’électrification, de la production décentralisée et de l’agriculture régénérative cessent d’être des considérations à long terme pour devenir des objectifs de gestion des risques à court terme, voire un enjeu de sécurité nationale. Les implications en matière d’investissement sont déjà évidentes dans l’ensemble de nos portefeuilles à impact.
1. L’électrification comme protection
Chaque kilowattheure d’électricité consommé grâce à l’électrification est un kilowattheure de moins exposé aux ondes de choc pétrolières que la crise au Moyen-Orient a fait resurgir. Elle peut certes encore être affectée par une flambée des prix du pétrole et du gaz, mais l’impact est indirect et atténué par les investissements visant à moderniser les réseaux électriques et à les rendre plus flexibles. Il s’agit d’investissements infrastructurels importants auxquels nous étions exposés via plusieurs titres de notre portefeuille. Ce ne sont pas des paris thématiques ; ce sont les fondements d’un système énergétique plus stable. Il convient notamment de noter que les prévisions de dépenses d’investissement liées aux réseaux électriques au sein de ce groupe ont été revues à la hausse au cours des semaines qui ont suivi le début de la crise, mais ces investissements ont toujours été considérés comme bénéficiant d’une demande structurelle, même au plus fort du récent « hiver de la durabilité ».
2. Énergies renouvelables et autonomie stratégique
La crise au Moyen-Orient redéfinit la valeur des énergies renouvelables : il s’agit d’une source d’énergie d’origine nationale. Lorsqu’un pays produit et déploie des capacités renouvelables, il acquiert une forme d’autonomie stratégique qu’un gazoduc ne peut offrir. La dépendance vis-à-vis des équipements est réelle, mais elle confère une autonomie à l’acheteur jusqu’à ce que ces équipements doivent être remplacés. Dans nos portefeuilles, ce thème se traduit par la présence d’entreprises qui occupent une place cruciale dans la couche de conversion et de contrôle des systèmes renouvelables.
3. Les batteries : un stock stratégique
Les batteries ne concernaient autrefois que le secteur des transports. Les discussions autour de la résilience de l’approvisionnement en électricité, suite à la panne générale qui a touché la péninsule ibérique en 2021, avaient déjà fait pencher le débat en faveur de la résilience. La récente flambée des investissements liés aux centres de données a encore renforcé cette logique. À grande échelle, les systèmes de stockage d’énergie peuvent constituer l’équivalent électrique d’une réserve de pétrole, avec l’avantage supplémentaire d’être décentralisés et réutilisables. Ils peuvent également accroître le taux d’utilisation global des réseaux (qui fonctionnent généralement à 50 % de leur capacité maximale). Les entreprises de ce secteur sont devenues moins cycliques et plus axées sur les infrastructures – une évolution qui les repositionne comme des valeurs de couverture plutôt que comme des paris thématiques. Les commandes de systèmes de stockage destinés aux services publics en Europe ont considérablement augmenté en 2025, plusieurs gestionnaires de réseau citant explicitement l’instabilité géopolitique comme facteur déclencheur de cette accélération.
4. La fragilité des systèmes alimentaires
Un effet de second ordre souvent sous-estimé de la perturbation du détroit d’Ormuz est son impact sur les engrais : environ un cinquième de l’ammoniac et de l’urée mondiaux transitent par le détroit ou dépendent de matières premières issues du gaz naturel du Golfe. La volatilité des prix de l’ammoniac, de l’urée et de la potasse est déjà en train de remodeler l’économie agricole, en particulier en Europe et en Asie du Sud, qui dépendent des importations ; cela pourrait avoir un impact différé mais significatif sur les prix des denrées alimentaires à long terme. Notre exposition dans ce domaine se concentre délibérément sur les aspects liés à l’efficacité ; par exemple, les entreprises qui contribuent à réduire l’utilisation d’herbicides, celles proposant des technologies d’agriculture de précision permettant une application plus précise des intrants, ou encore celles fournissant des systèmes d’irrigation aidant les agriculteurs à améliorer l’efficacité hydrique et la résilience des cultures. La meilleure protection contre la volatilité des engrais consiste à en utiliser moins. L’agriculture régénérative s’inscrit dans cette même logique. Les cultures de couverture, le travail réduit du sol, l’intégration du bétail et le cycle des nutriments à la ferme sont difficiles à prendre en compte directement dans les actions cotées en bourse, mais leurs bénéficiaires sont visibles dans le portefeuille. Certaines de ces participations ne relèvent pas exclusivement de l’agriculture régénérative, mais, collectivement, elles orientent le système alimentaire vers une structure diversifiée et nécessitant moins d’intrants, intrinsèquement plus résistante aux chocs – l’équivalent agricole d’un réseau électrique décentralisé.
Ce que signifie la résilience pour les investisseurs
La résilience connaît actuellement son heure de gloire pour trois raisons. Elle est bipartisan : aucune tradition politique ne s’oppose à une moindre fragilité. Elle est ascendante : elle se construit au niveau des entreprises, des réseaux et des exploitations agricoles, plutôt que de nécessiter un consensus mondial. Et elle met l’accent sur l’importance de la gestion des risques. Dans ce contexte, nous nous attendons à ce que certaines des entreprises proposant des solutions de développement durable deviennent des « compounders » à long terme. Le début de l’année 2026 a apporté un choc à court terme qui rend cet argument plus concret.
Pour les investisseurs d’impact investissant dans des actions cotées, il s’agit d’une évolution bienvenue : nos portefeuilles sont de plus en plus évalués non seulement en fonction de leur contribution aux résultats de développement durable à long terme, mais aussi en fonction de leur capacité à nous aider à naviguer dans les turbulences d’un monde de plus en plus chaotique. L’impact et la résilience ont beaucoup en commun ; il a simplement fallu un choc des prix du pétrole pour le rendre visible.
Pour en savoir plus, consultez le rapport d’impact 2025 complet, accessible ici :
Les opinions exprimées dans le présent document sont valables à la date du 8 juillet 2026 et sont susceptibles d’être modifiées sans préavis. Le lecteur ne doit pas considérer ces informations comme des conseils d’analyse ou d’investissement concernant un fonds, une stratégie ou un titre en particulier. Les performances passées ne préjugent pas des résultats actuels ou futurs. Les prévisions, projections ou objectifs, lorsqu’ils sont fournis, sont donnés à titre indicatif uniquement et ne constituent en aucun cas une garantie.
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