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UBP dans la presse 06.12.2019

Des opportunités à saisir en dehors du marché américain

Des opportunités à saisir en dehors du marché américain

Agefi (28.11.2019) - Interview de Norman Villamin, CIO Wealth Management de l'UBP, par Piotr Kaczor


La plupart des prévisionnistes n’anticipent pas de récession pour l’année prochaine. Quand peut-elle survenir selon vous, aux Etats-Unis?

Il ne faut pas s’attendre à une récession en 2020 ni même plus tard. Pourquoi? Parce que le premier terme de l’équation, la consommation américaine, reste vigoureuse. On le constate en particulier sur le marché immobilier (housing) et par la réponse positive apportée au contexte de taux d’intérêts plus bas aux Etats-Unis au cours de ces derniers mois. La réaction des consommateurs US a été passablement positive et la consommation devrait constituer un bon ancrage pour la croissance de l’économie américaine l’année prochaine. S’agissant du deuxième terme de l’équation aux Etats-Unis, nous nous attendons à ce que tant les Républicains que les Démocrates se montrent très proactifs dans la mise en place des mesures de relance budgétaire en prévision de la nouvelle présidence en 2021. Ce qui devrait assurer le passage de témoin de la FED vers les mesures budgétaires pour assurer la transition. La période des six à neufs premiers mois de 2020 constituera par conséquent le plus grand défi réel à cet égard.

Mais les mesures de soutien budgétaire annoncées par Donald Trump lors de son arrivée à la Présidence avaient été critiquées du point de vue de leur timing…

De fin 2017 à 2018, le président Trump a annoncé une réduction de l’imposition des entreprises ainsi que des personnes les plus riches qui a procuré une ample stimulation du système. Avec à la clé une très forte croissance aux Etats-Unis. Vous vous rappelez qu’en 2018 la FED avait procédé à quatre hausses de taux en cours d’année. Dans ce sens les actions de la FED et du Département du Trésor tendaient à agir à l’encontre l’une de l’autre. En 2019, les effets de la stimulation fiscale ont commencé à se résorber et la croissance de l’économie américaine à se décélérer au cours de l’année. Ce qui a incité la FED à interrompre sa phase de hausses en 2019 et même à abaisser à nouveau les taux par trois fois au deuxième semestre. L’expansion de son bilan contribuant à soutenir l’économie. Mais la FED a estimé qu’un nouveau mouvement de hausse des taux d’intérêt suppose une réelle accélération de l’inflation. Nous ne pensons que ce ne sera pas le cas, et que la FED interviendrait à nouveau en reprenant sa politique d’assouplissement monétaire en cas de signe de ralentissement de l’économie ou d’un choc menaçant la stabilité du marché des crédits.

Et en Europe s’agissant de la relance budgétaire ?

C’est certainement en Grande-Bretagne que nous verrons les premières mesures de relance budgétaire après les élections. Dès que les modalités du Brexit auront été clarifiées, les autorités prendront rapidement des mesures pour permettre à l’économie de s’adapter à cette transition vers l’ère post-Brexit. C’est le premier terme de l’équation. Le second terme prendra davantage de temps sur le Continent. Tout simplement du fait des nouvelles directions de Christine Lagarde à la tête de la BCE et de Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission européenne qui mettent en place actuellement le système visant à rehausser la flexibilité fiscale ou budgétaire. Je crois que Madame von der Leyen a été très claire sur les priorités, en particulier pour mettre en place un plan d’investissement durable (green deal) avec, je crois, le soutien d’Emmanuel Macron. Nous pensons par conséquent que le mouvement est lancé et qu’il va commencer à se réaliser à partir du milieu de l’année 2020.

Vous vous attendez à ce que les actions surperforment les obligations l’an prochain. Sur quelles catégories d’actions misez-vous en particulier ?

Après la forte performance des actions américaines au cours des dernières années, nous pensons que les investisseurs devraient désormais commencer à élargir leur horizon et à explorer des opportunités en actions hors des Etats-Unis, alors que la vigueur du dollar semble toucher à sa fin. La vigueur et la faiblesse du dollar ont été un bon indicateur de la sur ou sous-performance des actions américaines. Nous pensons par conséquent qu’à mesure qu’approche l’année 2020, la vigueur du dollar à l’œuvre ces sept ou huit dernières années va prendre fin et que le billet vert passera par des accès de faiblesse. En particulier au fur et à mesure de la reprise économique hors des Etats-Unis, en Europe en particulier. Et si les élections en Grande-Bretagne évoluent selon nos attentes, la livre sterling se raffermira avec à la clé un développement du marché domestique. Il en ira de même selon nous en Europe sur les marchés domestiques, certes pas tellement au niveau des valeurs bancaires mais plutôt des petites et moyennes capitalisations. Nous pensons que la stratégie adéquate passe par le stock picking en Europe pour bénéficier de ce regain de momentum budgétaire.

Malgré le poids de la récession des activités industrielles..

C’est précisément la raison pour laquelle il faut être sélectif en matière d’actions et que nous misons plutôt sur les petites et moyennes capitalisations. 

Quel est votre point de vue sur les actions suisses ?

Nous surpondérons les actions suisses. Celles-ci sont toujours onéreuses en comparaison avec les actions européennes ou en général. Mais les entreprises bien gérées et les grandes technologies sont un terrain de prédilection pour la sélection d’actions. Si nous observons toutefois une reprise du marché domestique européen sous l’effet des mesures de stimulations budgétaires en Europe, nous nous attendrons sans doute à voir les actions européennes (hors actions suisses) commencer à surperformer la cote helvétique. Mais sur le long terme, les actions suisses constituent à notre sens un ancrage dans tout portefeuille.

Pour l’investisseur suisse, quelles monnaies recèlent-elles un potentiel d’appréciation ?

A mesure que la relance budgétaire commencera à déployer ses effets, nous pensons que les investisseurs suisses devront commencer à se tourner vers la livre sterling ainsi que vers l’euro. Alors qu’ils devraient plutôt amoindrir leur intérêt pour le dollar US. Nous pensons que le dollar va s’affaiblir contre le franc suisse et que certaines monnaies européennes devraient plutôt s’apprécier.

Dans la classe d’actifs obligataires, vous êtes positif sur les valeurs émergentes ?

Celles-ci sont avant tout attractives du point de vue de leurs valorisations. Le défi à cet égard actuellement c’est que même lorsque l’on voit les spreads s’agrandir, à la différence des obligations en dollars ou en euros, et que des tensions apparaissent sur le marché, les banques centrales émergentes n’ont pas vraiment la capacité d’intervenir avec la même ampleur que la BCE ou la FED pour contenir cet élargissement des spreads.

A quels facteurs les investisseurs doivent-ils dès lors prêter attention dans le contexte actuel pour l’année prochaine ?

Il y a deux risques que les investisseurs ne prennent peut-être pas pleinement en compte actuellement. Le premier concerne le marché monétaire américain qui a traversé une crise en septembre ou octobre au niveau des opérations de repo. La FED est intervenue de manière agressive pour essayer de le stabiliser et elle y est parvenue dans une certaine mesure. Mais nous ne pensons pas que la question a été résolue. Il y a encore un certain nombre de problèmes sous-jacents qui pourraient se reproduire durant une phase d’illiquidité, à partir du mois de décembre et peut-être aussi en mars-avril. Nous suivons cela de très près pour assurer une certaine protection. Le deuxième risque réside dans le fait, à mon sens, que les investisseurs ne prennent pas suffisamment en compte le résultat des élections prévues en novembre 2020 aux Etats-Unis. Cela leur semble peut-être lointain. En mars ou en avril, nous aurons sans doute une idée plus claire du candidat démocrate. Dans nos perspectives de marchés, nous avons suggéré que le résultat le moins risqué pour les investisseurs, du moins pour la première année, résidera probablement dans une victoire de Donald Trump plutôt que dans celle de Bernie Sanders ou d’Elisabeth Warren. Pourquoi ? Car nous pensons que - comme lors de l’entrée en fonction de Donald Trump initiée par la politique de relance budgétaire visiblement très favorable aux investisseurs en général - le risque est survenu plus tard. Nous pensons qu’une victoire de Bernie Sanders ou d’Elisabeth Warren se traduirait par des impôts plus élevés sur les entreprises et sur les personnes fortunées, par de la redistribution et un surcroît de réglementations potentiellement anti-trust dans de nombreux secteurs performants. D’où un potentiel de plus grande instabilité.

Et en Suisse, vous attendez-vous à voir la Banque Nationale Suisse (BNS) agir indépendamment de la BCE ?

En octobre la BCE a abaissé ses taux à -0,50% alors que la BNS les a maintenus inchangés et ainsi démarré un processus de divergence. Le défi pour la BNS réside dans le ralentissement de l’économie avec un retour des pressions déflationnistes. Heureusement, le franc ne se renforce pas trop. Je pense que les responsables de la BNS attendent de voir si l’UE est en mesure de développer un train de mesures de relance budgétaire au premier semestre 2020. Si ce ne sera pas le cas, la BNS sera plus dépendante des mesures budgétaires pour tenter de stabiliser l’économie. Car abaisser les taux à un niveau négatif encore plus bas accentuera la pression sur les banques.

UBP Investment Outlook 2020

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Norman Villamin
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